Depuis hier fleurissent les articles sur la journée du SIDA. Chose positive car on a tendance à l’oublier celui-là. Et avec la crise, les budgets s’amenuisent tant pour la prévention que pour la recherche.
Mais je suis particulièrement remonté quand je lis des articles à côté de la plaque et des messages de prévention totalement dépassés. La maladie et les traitements ont évolué, la prévention doit s’adapter. Revue des discours bien-pensants totalement inefficaces en 2011.
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- « Mettre une capote, c’est un simple geste » :
Non ! Arrêtons de dire des conneries. Désolé mais pour beaucoup d’entre nous la capote reste quelque chose de désagréable, en tant qu’actif ou passif d’ailleurs. Personnellement je ne connais qu’une marque que je supporte à peu près bien… Mais ça ne remplacera jamais les sensations de le faire sans. Alors quand un message de prévention est basé sur « la capote c’est rapide et aussi bien ». Ben non, désolé pas pour tout le monde. Donc message de prévention inefficace. Pourquoi ne pas plutôt communiquer sur les différentes qualités de préservatifs ?
- « C’est dommage que les jeunes n’aient pas la même peur du SIDA que nous on avait » :
Oh le bel argument que je lis aujourd’hui dans un article que tous les bien-pensants partagent sur Facebook. C’est vrai que l’on regrette tous le moment où on allait se faire dépister la peur au ventre parce qu’on avait pratiqué des fellations sans capotes et qu’on pouvait potentiellement en mourir. A cette époque au moins les jeunes connaissaient le sens de la vie. Mais aujourd’hui ma bonne dame, ce ne sont plus que de jeunes crétins insouciants. Ou alors l’argument de la peur ne marche pas. Au choix. Surtout quand on parle de mort alors qu’en France on a moins de chance de mourir du sida qu’en s’empiffrant de junk food. Donc oui les jeunes n’en ont plus peur comme nous à l’époque. Et c’est très bien ainsi. On n’a pas besoin d’avoir peur des voitures pour apprendre à traverser sur les passages piétons.
- « Vivre avec le VIH, c’est une horreur au quotidien » :
Là encore, ce n’est pas avec ce type de message qu’on va avancer. La réalité est plus nuancée et tout le monde le voit bien : on peut vivre correctement sous médication aujourd’hui et les médecins cherchent la combinaison de molécules qui vous créera le moins d’effets secondaires. Encore une fois, message de prévention inefficace car faux dans la majorité des cas (je dis bien majorité). Maintenant si on se contentait de dire la vérité, que ce n’est pas marrant de s’avaler des médocs tous les jours, qu’il faut toujours prévoir son traitement y compris quand on part en vacances, qu’il est probablement plus difficile d’aller vivre à l’étranger, qu’il vaut mieux que la sécurité sociale ne saute pas du jour au lendemain car plus grand monde ne pourrait se payer son traitement, que nous ne maitrisons pas les effets de la trithérapie à long terme, qu’elle peut produire lipoatrophies et lypodystrophies. Pourquoi rajouter des arguments faux ou caricaturaux quand il s’agirait d’expliquer calmement la réalité ?
- « Les mecs qui baisent bareback, c’est criminel » :
Oui. Ou alors on peut se poser deux secondes pour se demander ce qui se passe réellement dans la tête de quelqu’un qui prend ce risque pour lui et/ou pour les autres. Plusieurs arguments me viennent à l’esprit. L’envie de jouissance avant tout ? En apparence oui. Mais qu’est-ce qu’il y a derrière ? L’envie de liberté ? L’envie d’abandon ? L’envie de mourir ? L’envie de partage avec son partenaire ? L’envie de se faire mal ? Le manque de confiance en soi ? La mésestime de soi ? Ceux qui portent des jugements définitifs sur les personnes qui baisent sans capote sont parfois ceux qui ont déjà fait la connerie eux-mêmes. Parce qu’une fois suffit. Et j’en connais peu qui n’ont jamais fait cette connerie. Une fois. Oui c’est dégueulasse de mettre l’autre en danger. Mais quand on a été faible ou inconscient et qu’on a chopé le VIH, il y a de forte chance qu’on soit tout aussi faible en tant porteur du virus. Et si vous ça vous arrive une fois tous les dix de ne pas porter de capote, par faiblesse, ne pensez-vous pas que ça arrive aussi aux séropos ?
- « Il ne faut pas discriminer les séropos » :
Alors là je me marre. On a des messages complétement caricaturaux dans tous les sens sur les séropos. Je résume : criminels, inconscients, plombés au quotidien par les effets indésirables de leur trithérapie. Oui mais alors sinon, il ne faut surtout pas les discriminer, ce sont des personnes comme vous et moi. Et voilà que les associations sont prises au piège de leurs propres mensonges.
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L’amour, ou la baise si vous préférez, n’est pas quelque chose de raisonnable. Et je pense que les arguments de peur ne font que renforcer l’envie de fermer les yeux. Qui écoute sa grand-mère rabâchant toujours les mêmes sermons exagérés ? Ses arguments sont pourtant fondés.
Si je vous dis « la voiture tue ». Vous, vous allez penser liberté et vous allez vous empresser d’acheter une voiture et de bouffer des milliers de km. Si j’ai un discours moins caricatural et que je vous explique les différents problèmes que pose la voiture, vous allez peut-être l’utiliser avec plus de discernement.
Alors pourquoi ne pas simplement décrire la vérité ? Certes il est moins facile de résumer en un slogan fourre-tout : l’angoisse de l’avenir, la dévalorisation de soi, les difficultés dans la vie affective et sexuelle, les problèmes socio-professionnels, les tambous et le repli sur soi. Certes il est moins facile de déconstruire en un slogan le fantasme du no capote. Certes. Et pourtant, je pense que faire de la prévention en 2011, au-delà des jugements simplistes, c’est expliquer qu’aujourd’hui on peut vivre avec le VIH « presque » comme tout le monde. Mais que c’est malheureusement ce « presque » qui peut empêcher de construire une vie épanouie.
Ha oui, quand même !
Je te rejoins sur pas mal de points. La simplicité alléguée de la capote notamment, clairement c’est un argument à la con car NON, ce n’est pas pareil avec et sans. C’est comme un casque de moto : sans casque c’est tout de même sacrément plus fun. Mais tout va bien tant qu’on ne se crashe pas. Par contre quand le platane arrive ben faut pas crier au loup !
Je serai peut être plus nuancé que toi sur la fin de ton billet. Heureusement la médecine permet aux malades d’aujourd’hui de vivre avec le virus “presque” comme tout le monde. Oui, comme tu le dis: “presque”. Et ce “presque” est à double sens.
Le premier est que la personne est malgré tout malade, porteuse d’une saloperie qui la met à la merci d’une simple angine. Sans compter que, quels que soient les progrès des trithérapies, les effets secondaires demeurent présents, parfois très lourds. La personne est “presque” comme tout le monde de ce point de vue.
Le second relève du regard social sur cette personne. Car malheureusement les séropos sont encore considérés comme des “impurs”, des “fautifs” ou je ne sais trop quoi, un peu comme les pestiférés d’antan (je caricature). Heureusement le travail de fond des association tend à faire régresser ce point de vue tout aussi rétrograde qu’humiliant.
Ouep, j’ai écrit le billet d’une traite au boulot. J’ai baclé la fin car j’avais une réunion. Héhéhé.
C’est ce que je voulais évoquer par les problèmes socio-professionnels notamment. Je corrige !
Et j’ajoute un ou deux mots de liaison sur la fin pour rendre le truc plus compréhensible : )
Merci monsieur !
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