Unissons

Citoyen à part entière ? J’attends les premiers mariages homos pour vraiment réaliser. Le bénéfice n’est pas qu’individuel, rien ne dit que je me marierai un jour. Mais il est collectif, pour ceux qui auront le loisir d’en jouir, pour la société qui admettra davantage les minorités comme différentes de la norme mais égales en droit. Une avancée certaine.

Le débat s’est transformé en combat, je ne me sentais pas capable d’écrire sur le sujet. Le plus horrible a été l’image de Wilfred et Olivier, la tête ensanglantée. J’ai retenu une larme, ce n’est pourtant pas mon genre. Je n’ai pas voulu partager cette photo sur facebook. Je n’ai pas voulu contribuer à l’escalade de la violence dans les propos, les images.

Aujourd’hui il est temps de faire le point.

Je comprends mes frères et sœurs, homos lesbiennes et trans, qui se révoltent et n’acceptent plus d’être soumis et salis. Le rose(au) qui pliait depuis des années a fini par se briser et laisser exploser son ras le bol. Les propos nauséabonds étant largement colportés par une partie de la droite réac (comme, faut-il le rappeler, par une certaine gauche dans un passé plus lointain) et par des soi-disant représentants haineux de religions, nos ennemis sont clairement désignés. Et personnellement mon anticléricalisme modéré se renforce à l’encontre de ces fous de religion qui distillent leur venin.

Nous avons gagné une manche. Au demeurant j’ai été triste de ne pas fêter l’annonce de ce progrès social avec mes amis parisiens mardi soir. Au lieu de cela je me suis retrouvé à Orléans face une manifestation « pour tous ». Je n’ai pu me retenir : « les enculés, que leur ai-je fait ? ».

Seulement voilà, le problème est qu’on est tous le connard d’un autre.

L’autre jour, pendant l’affaire Cahuzac, j’assistais à une sorte de conférence et un éminent intervenant nous scotchait tous de stupeur en nous annonçant d’un ton grave à peu près ceci : « Pour la première fois j’ai peur. Nous revivons les années trente. Les politiques modérés perdent toute crédibilité, la crise s’accentue. L’arrivée au pouvoir des extrêmes se précise ». Sur le coup j’ai pensé « Drama Queen ». Et puis non. Cela pourrait arriver plus vite que prévu. Le système actuel est tellement fossé et complexe que personne n’a de solution modérée.

A nouveau, je suis plutôt du genre à planquer ma compassion. La pauvreté dans les pays les plus durs, je m’y fais. Mais imaginer tous nos compatriotes, nos frères et sœurs, n’ayant pas de travail pour subsister, c’est insupportable. Plus de 3 millions de personnes dans l’incapacité de subvenir convenablement aux besoins de leurs familles. Et que dire des pays voisins, de l’Espagne où une part significative de nos cousins vivent sous le seuil de pauvreté.

Dans le terreau fertile de la pauvreté grandit inévitablement la peur du lendemain et la peur de l’autre. Vous le savez, la colère est un moyen de protection pour ne pas tomber dans la dépression. Mobiliser sa haine permet de ne pas s’effondrer.

Cette semaine j’appréhendais de rencontrer un client avec lequel je vais devoir étroitement travailler. En effet un collègue (bienveillant, c’est certain…) n’avait pas manqué de m’indiquer que ce cher monsieur dont le nom comporte une particule avait été vu en première ligne dans les manifs pour tous, à scander des slogans homophobes. Je me demandais si j’étais en accord avec moi-même en rencontrant puis en coopérant avec un enfoiré pareil.

De fait, j’ai rencontré un type charmant. Vraiment. Un type qui pousse des gueulantes au boulot. Aussi. Le genre que j’aime bien. Le genre qui a traversé de dures épreuves ces dernières années, m’a-t-on dit. Ce n’est pas pour l’excuser. Mais en tout cas le genre de mec que je suis content d’avoir croisé. Pourtant avant de le rencontrer je l’avais catalogué dans les enculés d’enfoirés de première.

Ce que je trouve remarquable avec la haine, c’est cette contagion qui se propage comme une trainée de poudre. Il ne faut pas grand-chose pour que « l’autre » représente à nos yeux la pire des vermines. La peur, la colère, la haine nous sont inoculées par des extrémistes politiques et religieux. D’abord à leurs fidèles respectifs, puis par réaction à leurs opposants.

Années 30.

Pourtant ce type que j’ai rencontré, avec qui j’ai discuté, il a l’air plutôt un type bien sur beaucoup d’aspects. Et peut-être bien que toutes les femmes à serre-tête et les hommes en pull jacquard que j’ai jugés avant lui ne méritent pas plus la détestation que je leur réserve… Que nous leur réservons.

Eux aussi sont imparfaits et humains. Eux aussi ont subi une éducation avec les points positifs et négatifs qu’ils comportent. Ces poids à porter qui vous construisent. Et si demain on fout un gros pavé dans la marre de vos certitudes, j’imagine que cela secoue. Qui plus est dans un environnement hostile, une société devenue folle qui va trop vite pour chacun.

Je m’inquiète vraiment pour cette société alimentée par la peur, la haine, la colère. Mais le côté positif c’est que rien n’est inéluctable. On peut tous changer cela, à notre échelle.

Me concernant, j’ai décidé de modérer mon jugement sur ces personnes qui ont peur. Des hommes, des femmes, comme nous ; Qui se débattent dans ce climat délétère. Nous devons combattre la bêtise et non les hommes.

Nous avons la plus belle devise du monde : Liberté, Egalité, Fraternité. Chaque citoyen progressiste a pu être fier mardi d’avoir conquis davantage de Liberté et d’Egalité.

Notre combat impérieux est maintenant celui de la Fraternité. Matons nos peurs et nos colères. Car nous sommes frères et sœurs de la République.

(Billet assumé pour idéalistes)

Ain’t Got No…I’ve Got Life

L’autre jour j’ai lu cette phrase, je ne sais plus où : “There is no way to happiness. Happiness is the way”.

On dirait une de ces lapalissades dont regorge Psychologie Magasine (vous savez le torchon où la psychologie se résume à tout centrer autour de sa petite personne : « je me ressource, je prends soin de moi, j’écoute mon corps, je revois mes priorités, je m’ouvre… A moi-même ». Avec en couv une star sensée faire naturelle et épanouie, après 3H de maquillage et retouches photoshop).

Désolé, revenons à nos moutons. Cette petite phrase je l’aime bien. On nous vend dès l’enfance des idéaux de bonheur intense et durable. Nous rencontrerons notre prince charmant, nous ferons une belle carrière, nous fonderons une famille heureuse. Et notre mission, pardon notre vie, ne sera accomplie qu’à la réalisation de ces mythes.

En réalité ces grands bonheurs là ne sont pas durables. Tout est éphémère. Si l’on doit attendre après eux pour être heureux, la déception risque d’être à la hauteur de l’espérance.

Il ne m’aura fallu que 30 ans pour m’en apercevoir. Mieux vaut tard que jamais.

En réalité les seuls bonheurs qui peuvent à coup sûr forger notre bien-être, ce sont les petits bonheurs du quotidien qui sont eux bien récurrents si on sait les cultiver. Une paysage par ci, un sourire par là. Un ami, un trait d’esprit, une pensée pour un frère. Voici les petits bonheurs sur lesquels j’essaie de m’arrêter dans cette course permanente.

Alors qu’on arrête de me gonfler avec les grandes réussites, je suis très sceptique. Montrez-moi plutôt vos petits bonheurs quotidiens, je serai davantage convaincu.

Le bonheur n’est pas une destination, c’est un moyen de locomotion.

Billet pour un autre coureur.

Tranchée

Ma vie orléanaise s’installe petit à petit, se réorganise. Cela m’angoissait de revenir ici, passer de la capitale trop stressante à ma ville natale trop plate, dans tous les sens du terme. Heureusement je savais pouvoir compter sur un Ami pour me sortir et me faire découvrir la vie culturelle orléanaise. Il a fait mieux que cela, il m’a présenté des personnes très attachantes qui rendent mon quotidien tout doux. Mais ce n’est pas de ces princesses dont je voulais parler ce soir.

Ces jours-ci se déroulent les soirées performances au théâtre d’Orléans. C’est une des princesses susvisées qui organise cela de main de maitre et le succès est au rendez-vous. De plus en plus d’orléanais viennent se laisser surprendre dans ce temple où l’on casse la routine orléanaise, ou plutôt où l’on fait transpercer le véritable esprit retors d’Orléans. Car je suis persuadé qu’une ville qui met tant en avant sa pucelle a vraiment des choses sales à cacher. Et j’aime bien cette idée.

Au théâtre il y a régulièrement des metteurs en scène qui interrogent le cadre, qui tentent de sortir de la représentation traditionnelle. Ce vendredi et ce samedi j’ai donc assisté à deux performances basées notamment sur la dichotomie entre ce qui est joué visuellement et le texte. Les voix, les textes, peuvent rejoindre l’image de ce que l’on nous montre, ou alors s’en éloigner totalement pour ouvrir une troisième dimension ; Où la différence de message entre la voix et l’image nous force à chercher une explication, nous fait pénétrer sur scène. Nous ne sommes plus seulement spectateur, mais interprète pour combler ce gouffre inhabituel, insupportable, entre la voix et ce que le comédien joue. Un instant la pièce se déroule de manière classique, en deux dimensions, l’instant d’après la dichotomie entre son et image engage notre réflexion pour combler le fossé.

Ce gouffre est-il si inhabituel ? Il est probablement moins flagrant dans notre quotidien mais en réalité omniprésent. Dans nos sociétés schizophrènes, l’apparence est souvent détachée du fond. Je dis une chose agréable sur l’autre tandis que mon langage non verbal laisse penser le contraire. Je mets des costumes, des uniformes, je fais des graphiques, je montre mon intérêt, j’ajuste mes lunettes, je rie à gorge déployée. Mais le reste de mon corps laisse entendre le contraire. Peu de gens lisent réellement ces codes. Encore moins font un travail sur eux pour réduire cette différence entre l’image et le son. Le théâtre tente de mettre à jour cette tranchée et nous oblige à relier les deux le temps d’une représentation. Une gymnastique intellectuelle salutaire à reproduire dans notre vie quotidienne où l’on s’est installé dans les tranchées de l’insincérité. Par facilité.

Evidemment cette troisième dimension au théâtre peut servir bien d’autres buts. Mais elle me donne moi l’idée de monter une performance autour de "l’incongruence".

Loyauté

J’écris dans mes carnets depuis deux ans déjà. De manière irrégulière je noircis des pages personnelles. Je m’étale moins ici, sur twitter ou facebook qui « puent la détresse et la solitude » comme dirait mon ami Baptiste G. Autant garder ses solitudes pour soi puisque, sur les écrans, elles sont des cris qui se perdent à la vitesse d’un rafraîchissement 100 Hz.

En revanche je me suis dit que je pouvais partager ici des pensées (qui puent parfois la solitude) n’ayant d’autre ambition que d’ordonner mes réflexions passagères. Et peut-être vous faire réagir.

J’aurais pu commencer par beaucoup de thèmes mais c’est celui de la LOYAUTE qui a fait tilt. Ce concept m’interrogeait d’autant plus avant d’écrire ce qui suit que je ne le comprenais absolument pas. Comme une espèce de valeur ou vertu dont tout le monde se réclame mais dont j’avais la sensation d’être honteusement dépourvu et rarement témoin (ça c’est une vacherie pour vous).

J’ai parlé à une personne de mon entourage de ce projet de rédiger un laïus sur ce thème. Elle m’a répondu que ce choix ne devait pas être totalement anodin.

Effectivement en y repensant j’imagine que ce thème de la loyauté m’interpelle d’autant plus que c’est quelque chose qui a totalement manqué dans la relation avec mon ex au sens qu’il a souvent manqué à ses devoirs et ses engagements. Attention je peux moi-même avoir des comportements pervers. Et il est néanmoins certain que cet ex n’a jamais été loyal.

C’est donc le moment de décrire en une phrase parfaitement insuffisante le concept de loyauté (selon ma royauté). On peut dire que par opposition à la tromperie, trahison ou au mensonge, être loyal envers quelqu’un ou quelque chose pourrait être d’appliquer des règles et valeurs partagées qui construisent et renforcent la confiance. La loyauté peut malheureusement être à sens unique. Pour poursuivre mon exemple personnel, je considère à tort ou à raison que cet ex s’est toujours affranchi des règles sensées être partagées dans le couple.

(Oui c’est affreusement impudique de prendre cet exemple, et en même temps je devais bien vous expliquer le pourquoi du début du comment, et rendre grâce à la maxime de ce cher Baptiste.)

La loyauté a plusieurs niveaux. On n’attend pas le même niveau de loyauté de la part d’un collaborateur, d’un partenaire de squash, d’un mari, d’un frère. La confiance est la récompense de la loyauté perçue ou supposée.

A l’inverse la rancœur pourrait être la récompense de la trahison mais elle est contre-productive. Il ne faut pas culpabiliser d’avoir accordé sa confiance, ne pas regretter. Mais s’interroger sur la marche à suivre la prochaine fois que la vie, à coup sûr, nous servira le même plat. Il convient alors de prendre ses distances et ne rien attendre d’une telle personne que des choses plus superficielles, mais néanmoins potentiellement très appréciables. Ah pardon je parle encore de moi.

Prenons d’autres situations. Dans le milieu professionnel je suis subjugué d’entendre parfois parler de loyauté. Comme cette chef qui harcelait toute notre équipe et exigeait une loyauté totale : « il ne doit pas y avoir l’épaisseur d’un papier à cigarette entre nous ». Comme cette collaboratrice qui dénonce aujourd’hui les malversations de son boss et qui se sent mal « de trahir sa loyauté envers lui ». Loyauté professionnelle ou aliénation ?

Autre situation. Mes parents, comme la plupart des parents aujourd’hui, ont commis l’erreur de mettre la loyauté (verticale) envers leur progéniture avant la loyauté (horizontale) de leur couple. Grave erreur qui les a conduit à des échecs subis par l’ensemble de la famille. Le parent doit avant tout rester loyal envers son compagnon, l’enfant passe après. Mais j’intègre donc que j’ai été élevé sur ce modèle et cette réflexion renforce encore mon souhait de changer mon programme et d’être un partenaire loyal dans le couple et réciproquement.

Evidemment en parlant de programmation je pense également à ces loyautés familiales, fantômes que l’on traine de générations en générations. Reproductions de schémas et servilité ou rejet de règles invisibles, indéchiffrables car la clef est perdue dans le passé. On voit à nouveau que la loyauté aveugle peut conduire à l’impasse. Pour déjouer ces loyautés-là, il faut connaître son passé.

En revanche pour choisir et construire ses propres loyautés, celles qui nous correspondent, il s’agit de se connaître soi-même. Car finalement la principale loyauté est envers soi. Se connaître, se comprendre, se respecter. La congruence entre les valeurs et les actes, ce qui est trop rarement le cas. Si vous y arrivez, levez le doigt que je vous compte.

Mais non, chut… La loyauté ne se proclame pas ! Tout comme la fraternité, la loyauté se construit dans l’épreuve : c’est à ce moment qu’elle passe de l’invisible (elle est pourtant présente) à la matérialité. La flamme de la loyauté peut vaciller ou au contraire repartir plus fermement et éclairer le chemin.

Tendre vers la loyauté des idées, des personnes, n’est pas une ligne droite. J’ai ma part de longs détours et de chemins de traverse sur cette voie. Et vous, est-ce que ce concept vous renvoie à une pensée ou un souvenir ?

L’art / d’être loyal / c’est / royal

Sida 2011

Depuis hier fleurissent les articles sur la journée du SIDA. Chose positive car on a tendance à l’oublier celui-là. Et avec la crise, les budgets s’amenuisent tant pour la prévention que pour la recherche.

Mais je suis particulièrement remonté quand je lis des articles à côté de la plaque et des messages de prévention totalement dépassés. La maladie et les traitements ont évolué, la prévention doit s’adapter. Revue des discours bien-pensants totalement inefficaces en 2011.

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-          « Mettre une capote, c’est un simple geste » :

 Non ! Arrêtons de dire des conneries. Désolé mais pour beaucoup d’entre nous la capote reste quelque chose de désagréable, en tant qu’actif ou passif d’ailleurs. Personnellement je ne connais qu’une marque que je supporte à peu près bien… Mais ça ne remplacera jamais les sensations de le faire sans. Alors quand un message de prévention est basé sur « la capote c’est rapide et aussi bien ». Ben non, désolé pas pour tout le monde. Donc message de prévention inefficace. Pourquoi ne pas plutôt communiquer sur les différentes qualités de préservatifs ?

-          « C’est dommage que les jeunes n’aient pas la même peur du SIDA que nous on avait » :

Oh le bel argument que je lis aujourd’hui dans un article que tous les bien-pensants partagent sur Facebook. C’est vrai que l’on regrette tous le moment où on allait se faire dépister la peur au ventre parce qu’on avait pratiqué des fellations sans capotes et qu’on pouvait potentiellement en mourir. A cette époque au moins les jeunes connaissaient le sens de la vie. Mais aujourd’hui ma bonne dame, ce ne sont plus que de jeunes crétins insouciants. Ou alors l’argument de la peur ne marche pas. Au choix. Surtout quand on parle de mort alors qu’en France on a moins de chance de mourir du sida qu’en s’empiffrant de junk food. Donc oui les jeunes n’en ont plus peur comme nous à l’époque. Et c’est très bien ainsi. On n’a pas besoin d’avoir peur des voitures pour apprendre à traverser sur les passages piétons.

-          « Vivre avec le VIH, c’est une horreur au quotidien » :

Là encore, ce n’est pas avec ce type de message qu’on va avancer. La réalité est plus nuancée et tout le monde le voit bien : on peut vivre correctement sous médication aujourd’hui et les médecins cherchent la combinaison de molécules qui vous créera le moins d’effets secondaires. Encore une fois, message de prévention inefficace car faux dans la majorité des cas (je dis bien majorité). Maintenant si on se contentait de dire la vérité, que ce n’est pas marrant de s’avaler des médocs tous les jours, qu’il faut toujours prévoir son traitement y compris quand on part en vacances, qu’il est probablement plus difficile d’aller vivre à l’étranger, qu’il vaut mieux que la sécurité sociale ne saute pas du jour au lendemain car plus grand monde ne pourrait se payer son traitement, que nous ne maitrisons pas les effets de la trithérapie à long terme, qu’elle peut produire lipoatrophies et lypodystrophies. Pourquoi rajouter des arguments faux ou caricaturaux quand il s’agirait d’expliquer calmement la réalité ?

-          « Les mecs qui baisent bareback, c’est criminel » :

Oui. Ou alors on peut se poser deux secondes pour se demander ce qui se passe réellement dans la tête de quelqu’un qui prend ce risque pour lui et/ou pour les autres. Plusieurs arguments me viennent à l’esprit. L’envie de jouissance avant tout ? En apparence oui. Mais qu’est-ce qu’il y a derrière ? L’envie de liberté ? L’envie d’abandon ? L’envie de mourir ? L’envie de partage avec son partenaire ? L’envie de se faire mal ? Le manque de confiance en soi ? La mésestime de soi ? Le manque de respect envers soi et les autres ? Ceux qui portent des jugements définitifs sur les personnes qui baisent sans capote sont parfois ceux qui ont déjà fait la connerie eux-mêmes. Parce qu’une fois suffit. Et j’en connais peu qui n’ont jamais fait cette connerie. Une fois. Oui c’est dégueulasse de mettre l’autre en danger, je partage en grande partie cet avis. Mais quand on a été faible ou inconscient et qu’on a chopé le VIH, il y a des chances que l’on soit toujours aussi faible en tant que porteur du virus. Et si vous ça vous arrive une fois tous les dix de ne pas porter de capote, par faiblesse, ne pensez-vous pas que ça arrive aussi aux séropos les plus précautionneux?

-          « Il ne faut pas discriminer les séropos » :

Alors là je me marre. On a des messages complètement caricaturaux dans tous les sens sur les séropos. Je résume : criminels, inconscients, plombés au quotidien par les effets indésirables de leur trithérapie. Oui mais alors sinon, il ne faut surtout pas les discriminer, ce sont des personnes comme vous et moi.  Et voilà que les associations sont prises au piège de leurs propres mensonges.

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L’amour, ou la baise si vous préférez, n’est pas quelque chose de raisonnable. Et je pense que les arguments de peur ne font que renforcer l’envie de fermer les yeux.  Qui écoute sa grand-mère rabâchant toujours les mêmes sermons exagérés ? Ses arguments sont pourtant fondés.

Si je vous dis « la voiture tue ». Vous, vous allez penser liberté et vous allez vous empresser d’acheter une voiture et de bouffer des milliers de km. Si j’ai un discours moins caricatural et que je vous explique les différents problèmes que pose la voiture, vous allez peut-être l’utiliser avec plus de discernement.

Alors pourquoi ne pas simplement décrire la vérité ? Certes il est moins facile de résumer en un slogan fourre-tout : l’angoisse de l’avenir, la dévalorisation de soi, les difficultés dans la vie affective et sexuelle, les problèmes socio-professionnels, les tabous et le repli sur soi. Certes il est moins facile de déconstruire en un slogan le fantasme du no capote. Certes. Et pourtant, je pense que faire de la prévention en 2011, au-delà des jugements simplistes, c’est expliquer qu’aujourd’hui on peut vivre avec le VIH « presque » comme tout le monde. Mais que c’est malheureusement ce « presque » qui peut empêcher de construire une vie épanouie. Alors portons des capotes et faisons de la pédagogie.

L’Embellie

À la fin d’une histoire succède le vide.

Inconstance, besoin de chaleur humaine,

Les mauvaises aventures, les chemins de traverse,

Les jolis flirts et les rencontres manquées,

Les amours polyglottes, les bars interlopes.

Cette volonté furieuse de serrer quelqu’un,

Les faux-semblants, les dialogues intérieurs,

On se réinvente, on se bagarre contre soi.

Quand un jour, une seconde,

Le recul, le déclic, re-bascule,

Acceptation et lâcher-prise.

La balancier repart dans l’autre sens,

A grande volée, page tournée,

Un nouveau chapitre :

L’Embellie !

Conte moderne

Cette nuit-là, Le jeune homme qui vouait un culte total à Orion fit appel à lui pour trouver sa moitié, son astre terrestre.

Rappelant à son dieu qu’il n’avait jamais conditionné sa ferveur à l’obtention de quelconque faveur, il se permit humblement de lister ses exigences. La tâche s’avérait aussi ardue que les critères étaient obtus. L’élu rêvé devait être sociable, pourvu d’un esprit vif et du sens de la formule, d’un certain charme et d’un physique entretenu.

Orion le majestueux, dans son apparition céleste, ne sourcilla pas à l’évocation de ces exigences. Le plus grand défi, ironisa-t-il,  serait de trouver au jeune homme un partenaire capable de s’accommoder des nombreuses qualités… Qu’il ne possédait pas.

L’adorateur prit ombrage du silence Divin : « Orion je te connais bien, je t’ai tant observé. Tu n’en feras qu’à ta tête et m’enverra l’opposé de ce que j’ai demandé. Mais une fois de plus, je m’en remets à toi, chasseur d’étoile, pour trouver la mienne. Prends ton temps, et avec ton arc, vise juste. Je ne suis pas pressé, et même plutôt amusé ».

Orion acheva son voyage, immobile, sans donner signe de réponse. Ce qu’il ne dit pas au jeune homme, c’est qu’il avait déjà décoché une flèche qui finirait par toucher immanquablement sa cible. Comme il le fait pour chaque homme qui lui en fait la missive.

Le grand Un

"La musique a de lointaines origines. Elle naît de la mesure et prend racine dans le grand Un. Le grand Un engendre les deux pôles ; les deux pôles engendrent la force des ténèbres et de la lumière.

(…)

Les Etats décadents et les gens mûrs pour le déclin n’ignorent pas la musique, il est vrai, mais leur musique manque de sérénité. Aussi, plus la musique est bruyante et plus les gens deviennent mélancoliques (…)."

Le jeu des perles de verre, Hermann Hesse

Renaissance

Je flanais sur Wikipédia et au détour de l’article sur la Renaissance, j’ai lu ceci :

L’historien René Rémond indique que ce qui caractérise une renaissance, c’est :

  • l’apparition de nouveaux modes de diffusion de l’information,
  • la lecture scientifique des textes fondamentaux,
  • la remise en honneur de la culture antique (littérature, arts, techniques),
  • le renouveau des échanges commerciaux,
  • les changements de représentation du monde

Cela ne vous rappelle rien ?

Correspondance de stations

De la part de : STATION BASTILLE

Le samedi 15 octobre, 00H01.

Cher Louvre Rivoli, Cher ami,

Je vous écris ces quelques lignes pour m’échapper de mon enfer quotidien. Je suis totalement déprimée, je n’ai plus de jus ! Seule une station de votre standing comprendra le désarroi qui est le mien.
Non je ne vais pas cette fois-ci m’attarder sur les touristes, ces abrutis ont au moins l’excuse de la stupidité provinciale. Mais c’est bien des Parisiens que j’ai à me plaindre.

Avez-vu que j’étais en travaux ? Mon ravalement, Mon cher Louvre Ri, est une catastrophe. Je pensais qu’ils allaient faire quelque chose pour mes grands couloirs sales en pleins courants d’air. Je pensais qu’ils allaient lifter mes connexions sinistres et sombres. Même pas ! Deux trois carreaux blancs changés, un liseré de mosaïque pareil à ceux qu’ils nous avaient collés dans les années 20, on dirait que je me suis fait ravalé par le chirurgien de Jeanne Moreau.

Et puis ces portes automatiques, sales, métalliques, aucun charme. Je n’ai même plus la satisfaction d’en voir un tomber sur les rails une fois de temps en temps. Enfin vous savez ce que c’est, vous avez les mêmes verrues automatisées.

J’ai parfois été fière d’avoir un couloir dans le 4ème et l’autre dans le 11ème. Maintenant je me demande comment une station de votre classe, mon cher Louvre Ri, ose encore me fréquenter. Mais je vous assure que dans l’adversité, je reste digne et tente par tous moyens de vous envoyer la 1 à l’heure, malgré cette imbécile de gare de Lyon dont je subis les humeurs. Celle là va me rendre chèvre, vous savez. Avec Saint Paul on pense qu’elle n’en a rien à faire de la 1. Tout ce qui compte pour elle c’est l’autre automatisée, la 14. Je sais bien qu’on doit y passer, nous aussi, à l’automatique. Vous allez voir qu’un jour il faudra trimer 24H sur 24. Non mais c’est à ça qu’on en vient, vous allez voir.

Mon tendre Louvre Rivoli, en vérité, j’ai peur. Je peux encore vous faire passer ces messages par l’entremise de ces gentils conducteurs de métro. Mais pour combien de temps encore ? Comment ferai-je pour recevoir vos billets quand nous serons totalement automatiques ? Fantomatiques.

(texte issu de l’atelier Le Plumard #3)