Citoyen à part entière ? J’attends les premiers mariages homos pour vraiment réaliser. Le bénéfice n’est pas qu’individuel, rien ne dit que je me marierai un jour. Mais il est collectif, pour ceux qui auront le loisir d’en jouir, pour la société qui admettra davantage les minorités comme différentes de la norme mais égales en droit. Une avancée certaine.
Le débat s’est transformé en combat, je ne me sentais pas capable d’écrire sur le sujet. Le plus horrible a été l’image de Wilfred et Olivier, la tête ensanglantée. J’ai retenu une larme, ce n’est pourtant pas mon genre. Je n’ai pas voulu partager cette photo sur facebook. Je n’ai pas voulu contribuer à l’escalade de la violence dans les propos, les images.
Aujourd’hui il est temps de faire le point.
Je comprends mes frères et sœurs, homos lesbiennes et trans, qui se révoltent et n’acceptent plus d’être soumis et salis. Le rose(au) qui pliait depuis des années a fini par se briser et laisser exploser son ras le bol. Les propos nauséabonds étant largement colportés par une partie de la droite réac (comme, faut-il le rappeler, par une certaine gauche dans un passé plus lointain) et par des soi-disant représentants haineux de religions, nos ennemis sont clairement désignés. Et personnellement mon anticléricalisme modéré se renforce à l’encontre de ces fous de religion qui distillent leur venin.
Nous avons gagné une manche. Au demeurant j’ai été triste de ne pas fêter l’annonce de ce progrès social avec mes amis parisiens mardi soir. Au lieu de cela je me suis retrouvé à Orléans face une manifestation « pour tous ». Je n’ai pu me retenir : « les enculés, que leur ai-je fait ? ».
Seulement voilà, le problème est qu’on est tous le connard d’un autre.
L’autre jour, pendant l’affaire Cahuzac, j’assistais à une sorte de conférence et un éminent intervenant nous scotchait tous de stupeur en nous annonçant d’un ton grave à peu près ceci : « Pour la première fois j’ai peur. Nous revivons les années trente. Les politiques modérés perdent toute crédibilité, la crise s’accentue. L’arrivée au pouvoir des extrêmes se précise ». Sur le coup j’ai pensé « Drama Queen ». Et puis non. Cela pourrait arriver plus vite que prévu. Le système actuel est tellement fossé et complexe que personne n’a de solution modérée.
A nouveau, je suis plutôt du genre à planquer ma compassion. La pauvreté dans les pays les plus durs, je m’y fais. Mais imaginer tous nos compatriotes, nos frères et sœurs, n’ayant pas de travail pour subsister, c’est insupportable. Plus de 3 millions de personnes dans l’incapacité de subvenir convenablement aux besoins de leurs familles. Et que dire des pays voisins, de l’Espagne où une part significative de nos cousins vivent sous le seuil de pauvreté.
Dans le terreau fertile de la pauvreté grandit inévitablement la peur du lendemain et la peur de l’autre. Vous le savez, la colère est un moyen de protection pour ne pas tomber dans la dépression. Mobiliser sa haine permet de ne pas s’effondrer.
Cette semaine j’appréhendais de rencontrer un client avec lequel je vais devoir étroitement travailler. En effet un collègue (bienveillant, c’est certain…) n’avait pas manqué de m’indiquer que ce cher monsieur dont le nom comporte une particule avait été vu en première ligne dans les manifs pour tous, à scander des slogans homophobes. Je me demandais si j’étais en accord avec moi-même en rencontrant puis en coopérant avec un enfoiré pareil.
De fait, j’ai rencontré un type charmant. Vraiment. Un type qui pousse des gueulantes au boulot. Aussi. Le genre que j’aime bien. Le genre qui a traversé de dures épreuves ces dernières années, m’a-t-on dit. Ce n’est pas pour l’excuser. Mais en tout cas le genre de mec que je suis content d’avoir croisé. Pourtant avant de le rencontrer je l’avais catalogué dans les enculés d’enfoirés de première.
Ce que je trouve remarquable avec la haine, c’est cette contagion qui se propage comme une trainée de poudre. Il ne faut pas grand-chose pour que « l’autre » représente à nos yeux la pire des vermines. La peur, la colère, la haine nous sont inoculées par des extrémistes politiques et religieux. D’abord à leurs fidèles respectifs, puis par réaction à leurs opposants.
Années 30.
Pourtant ce type que j’ai rencontré, avec qui j’ai discuté, il a l’air plutôt un type bien sur beaucoup d’aspects. Et peut-être bien que toutes les femmes à serre-tête et les hommes en pull jacquard que j’ai jugés avant lui ne méritent pas plus la détestation que je leur réserve… Que nous leur réservons.
Eux aussi sont imparfaits et humains. Eux aussi ont subi une éducation avec les points positifs et négatifs qu’ils comportent. Ces poids à porter qui vous construisent. Et si demain on fout un gros pavé dans la marre de vos certitudes, j’imagine que cela secoue. Qui plus est dans un environnement hostile, une société devenue folle qui va trop vite pour chacun.
Je m’inquiète vraiment pour cette société alimentée par la peur, la haine, la colère. Mais le côté positif c’est que rien n’est inéluctable. On peut tous changer cela, à notre échelle.
Me concernant, j’ai décidé de modérer mon jugement sur ces personnes qui ont peur. Des hommes, des femmes, comme nous ; Qui se débattent dans ce climat délétère. Nous devons combattre la bêtise et non les hommes.
Nous avons la plus belle devise du monde : Liberté, Egalité, Fraternité. Chaque citoyen progressiste a pu être fier mardi d’avoir conquis davantage de Liberté et d’Egalité.
Notre combat impérieux est maintenant celui de la Fraternité. Matons nos peurs et nos colères. Car nous sommes frères et sœurs de la République.
(Billet assumé pour idéalistes)